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Arianna Occhipinti, la maestria du vin biodynamique et naturel de la Sicile

Ce focus sur la personnalité d'un vigneron ou d'une vigneronne nous amène à nous intéresser à une jeune vigneronne du monde de la viticulture italienne, Arianna Occhipinti.

Aujourd'hui âgée d'une quarantaine d'années, cette vigneronne produit du vin dans le sud-est de la Sicile à Vittoria depuis l'âge de 22 ans. Et presque depuis le début, ses vins, élaborés à partir de cépages indigènes comme le frappato et le zibibbo, ont eu des adeptes dans le monde entier. D'un caractère affirmé, assumé, drôle et curieux, retour sur la naissance d'un vignoble des plus captivants, la Azienda Occhipinti, qui produit une toute nouvelle forme de vins naturels et biodynamiques que personne n'avait jamais vus dans cette partie du globe. Le vignoble est certifié en biodynamie depuis 2009.

Tout a commencé il y a dix-sept ans dans la zone « Fossa di Lupo ». Un endroit où le soir la terre devient rougeâtre et est balayée par les vents ibléens et se penche d'un côté d'une route : la route départementale 68. Une route départementale comme tant d'autres, mais avec un passé particulier. C'était autrefois un chemin étroit en pierre ; il y a trois mille ans, il reliait Gela à Kamarina, il a voyagé - comme il le fait toujours - à travers les collines des routes de Cerasuolo di Vittoria et de Caltagirone a continué jusqu'à Catane et Lentini. Là, coincée entre ciel et terre, cette route a aussi marqué mon destin. Dans le premier hectare de terrain à côté de mon palmento, dans le district de Fossa di Lupo, d'autres ont suivi.

L'entreprise s'est développée dans les districts de Bombolieri, Pettineo et Bastonaca. Pourtant, tout est toujours le même que la première année. Bombolieri est également situé sur la route départementale 68. Le vignoble s'agrandit ici et s'abaisse sur le socle calcaire du domaine, les vignes ont vingt ans sinon plus, et la cour sur laquelle s'élèvent les chais est capable de piéger toutes les forces du soleil ibléen.

"Nulle part ailleurs je n'ai l'impression d'avoir marché sur une route cohérente. Jamais comme à Bombolieri je ne peux sentir que je porte en moi le passé et le futur en même temps" sont ses mots lorsqu'elle évoque le terroir et la terre de son vignoble. C'était la plus ancienne route des vins jamais documentée. Cette route a été utilisée par des générations d'agriculteurs pour apporter leur propre vin sur la côte.

Son approche très philosophique du vin, de la nature et de la relation humaine confère à ses cuvées une histoire particulière. Comme elle sait le rappeler, Goethe disait : "La substance n'est rien, ce qui compte c'est le geste par lequel elles sont faites". Les premières choses qu'elle choisit de mettre au cœur de sa philosophie est la compréhension et l'acceptation de la nature : "La première pensée que j'ai apprise de la vinification c'était d'accepter". "Accepter la diversité des sols, la pente du terrain, l'altitude et l'originalité d'un vignoble. Accepter signifie respecter. Respecter la terre et son équilibre". "Respecter le vignoble avec des gestes habiles d'une agriculture sensible. "Respecter la fermentation grâce à l'utilisation de levures locales". "Respectez le vin comme s'il s'agissait d'une personne. "Une personne qui emporte avec elle, un monde, une histoire, une atmosphère". "Et il a le goût de la terre d'où il est né". "Le mien n'est pas qu'un vin bio. C'est un vin naturel comme je peux l'être dans ma personnalité, c'est comme ça que je suis". "Elle vient de ma sensibilité envers les choses vraies et de mes gestes, mes attentions amoureuses". "Un vin qui, dans ses harmonies et sa rugosité, parle de la terre d'où il vient et aussi de moi". "C'est pourquoi je pense que le vin nature, en plus d'être un bon vin, est aussi un vin humain" (extrait de son site internet http://www.agricolaocchipinti.it/en/identity).

Une grande partie de sa carrière a été construite autour de la mise en lumière de son petit coin de Sicile, une région qui a toujours attiré beaucoup moins d'attention que toutes les autres régions de l'Italie, notamment au Nord. La vigneronne aborde avec fierté un discours transparent sur son vignoble : "Mon approche est de faire du vin juteux et pur, je ne veux pas changer le potentiel de cet endroit".

Pour Arianna, il y a une réelle importance à représenter son territoire avec le plus de transparence possible. Ses mélanges phares SP68, ses vins rouges de variété unique et une gamme plus abordable, appelée Tami, chacun marquant une évolution dans son style. "Maintenant, j'ai besoin d'exprimer des vins provenant d'un endroit spécifique ", explique-t-elle à propos de la nouvelle gamme de Vini di Contrada qu'elle a commencé à produire en 2016, à la fois issue de vignes jeunes comme âgées, et de plusieurs topographies de sols (sable de mer orange, d'un vignoble à moitié sable, à moitié calcaire et d'un tiers entièrement fait de calcaire). 

Pour elle, respecter le vin comme si celui-ci était une personne humaine est prometteur puisqu'il peut vous révéler ses secrets, son histoire et vous inclure dans une atmosphère des plus positives.

Elle cultive également d'autres produits que la nature a à lui apporter comme les olives pour l'huile, des vergers d'oranges et de poiriers pour la récolte et la revente de fruits locaux, des câpres sauvages, etc.

Informations et contact du domaine :

+39 0932 1865519

INFO@AGRICOLAOCCHIPINTI.IT

P.IVA 01245460884

WINERY SP68 VITTORIA-PEDALINO KM 3,3 97019 VITTORIA (RG) SICILIA, ITALIA

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Dorli Muhr, comment cette vigneronne a réinscrit le vin autrichien au patrimoine mondial

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Dorli Muhr, une personnalité et non des moindres dans le secteur du vin. Ma dernière rencontre avec celle-ci remonte à Février 2020, à la Cité du Vin de Bordeaux ; venue expressément pour faire déguster les vins de son domaine, cette occasion aura été l’opportunité pour moi de découvrir cette personnalité du monde du vin ainsi que son parcours fait d’audace et de ténacité dans la voie (voix) de la réconciliation entre le vin autrichien et le reste du monde.

En effet, depuis le scandale du diéthylène glycol en 1985 durant lequel de nombreux vignerons autrichiens avaient choisi de rajouter cet agent actif dans la phase de production des vins vendus ensuite en vrac (afin de pallier le gel ayant frappé le vignoble la même année), le vin autrichien perdit aussitôt de son image et de sa fraîcheur. Il y avait donc un réel enjeu dans l’objectif de redorer le blason de ces vins.

Cette dernière, de par ses expériences significatives dans le vin (dans le Bordelais et dans la Loire), décide en 1991 de créer sa société d’évènementiel et de relations publiques “Wine Partners” avec un seul objectif, mettre en relation les vignerons autrichiens et les partenaires de vente, qui avaient jusqu’ici déserté le marché.

Ayant travaillé pour des vignobles de renom, Dorli Muhr n’avait qu’un rêve, reprendre les clefs d’un vignoble dont elle aurait la direction. C’est ainsi qu’en 2002, elle retourne sur les terres de ses ancêtres et rachète des parcelles dans le vignoble de Spitzerberg (Prellenkirchen) ; une terre riche où le cépage Blaufränkisch peut s’épanouir ; cette variété de rouge d’Europe de l’Est. “Le Blaufränkisch est le cépage traditionnel du Spitzerberg. Celui-ci doit attendre l'automne pour atteindre sa maturité physiologique et ne développe que lentement ses charmantes notes de fruits rouges, de violette et un arôme légèrement épicé fin septembre”. Source : https://dorlimuhr.at/

Autre fait marquant de sa vie, également en 2002, son mariage avec le grand producteur du Douro (Portugal), Dirk van der Niepoort. L'influence sur la personnalité et le caractère des vins de la vigneronne est un tournant à cette époque, même si leur collaboration dans la vie privée comme dans la vie professionnelle ne dure pas.

Finalement, elle préfère conduire les récoltes de son vignoble seule et gère d’une main de maître la production pour proposer en 2006 et 2007 les premiers vins sous le nom du domaine Weingut Dorli Muhr. Si celle-ci ne dispose que d’une très petite superficie en hectares pour la production de ses vins, elle assure vouloir proposer des vins de bonne qualité, en quantité limitée et avec la valeur la plus importante pour elle, revendiquer la dominante féminine au même titre que les hommes dans le vin.

Les vins qui composent la gamme de son domaine sont répartis selon plusieurs appellations comme les vins dits de “couches simples” correspondant à une topographie de sol en particulier (Ried Spitzerberg / Ried Roterd / Liebkind, Ried Kobeln ; les vins locaux (Prellenkirchen blanc et rouge) ; les vins régionaux (Carnuntum) ; les vins non DAC (Syrah, Merlot, Saudade).

Un plaisir non dissimulé dans la dégustation de ses vins, issus à 80% du cépage roi de Spitzerberg sur des sols calcaires et secs, le Blaufrankisch, promet pour les vins rouges une expression très hétérogène avec un goût fruité souple comme complexe, et d’une bonne évolution dans le temps. Le blanc du domaine est également une agréable surprise avec son cépage local, le Gruner Veltliner dont les arômes se complètent parfaitment avec les nuits fraîches d’Autriche. Elle s’entoure enfin de ses diverses influences en France pour proposer une revisite à sa manière des cépages français, ainsi que du Douro pour produire son équivalent au Porto, la cuvée Saudade.

Coordonnées du domaine :

Kirchengasse 24 2472 Prellenkirchen

Téléphone : +43 664 180 40 39

E-mail : dorli@dorlimuhr.at

Web : https://dorlimuhr.at/

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